Les écrans occupent une place centrale dans le quotidien des jeunes adultes, au point que 89% des 18-24 ans consultent leur smartphone dans l’heure suivant leur réveil, selon le Baromètre du numérique du Crédoc de 2022. Pour une maman, observer ses enfants devenus grands passer des heures sur leurs appareils peut générer inquiétude et frustration. Pourtant, la période de transition vers l’âge adulte exige une posture totalement différente de celle adoptée durant l’enfance : il ne s’agit plus d’imposer, mais d’accompagner vers l’autonomie décisionnelle. Cette réalité numérique dans laquelle baignent nos jeunes n’est ni bonne ni mauvaise en soi, elle constitue simplement leur environnement naturel, celui dans lequel ils construisent leur identité et tissent leurs relations.
Avant d’entamer toute conversation sur l’usage technologique, il est essentiel de reconnaître que la génération actuelle de jeunes adultes a grandi dans un environnement numérique fondamentalement différent du nôtre. Pour eux, les écrans ne représentent pas simplement des outils de divertissement, mais constituent de véritables espaces de socialisation, de construction identitaire et même de développement professionnel. Les données récentes du Pew Research Center montrent que 81% des 18-29 ans utilisent les réseaux sociaux pour maintenir des liens sociaux, tandis que 45% y ont trouvé des opportunités professionnelles ou éducatives. En France, le Baromètre du numérique de l’Arcep révèle que 70% des 18-24 ans considèrent les réseaux comme essentiels à leur vie sociale. Cette réalité invite à dépasser la simple perception négative pour adopter une compréhension nuancée de leur rapport au digital.
L’art délicat de la conversation sans confrontation
Aborder la question technologique avec un jeune adulte demande une approche radicalement différente de celle utilisée avec un adolescent. La clé réside dans la capacité à exprimer ses préoccupations sans tomber dans le piège du jugement ou de l’infantilisation. Au lieu de déclarer « Tu passes trop de temps sur ton téléphone », une formulation comme « J’ai remarqué que tu sembles fatigué ces derniers temps, comment te sens-tu par rapport à ton sommeil et à ton temps d’écran ? » ouvre un espace de dialogue authentique. Cette méthode, recommandée par l’American Psychological Association dans ses directives sur la communication parent-enfant à l’âge adulte, permet au jeune adulte de s’auto-questionner sans se sentir attaqué.
Une stratégie particulièrement efficace consiste à se positionner comme co-apprenante plutôt que comme donneuse de leçons. Évoquer ses propres difficultés à déconnecter, ses tentatives pour limiter le temps d’écran ou sa lutte contre les notifications incessantes crée un terrain d’échange horizontal. Cette vulnérabilité maternelle, loin d’affaiblir l’autorité, renforce paradoxalement la crédibilité du message. Partager ses propres défis numériques humanise la relation et démontre que personne n’est à l’abri des pièges de l’hyperconnexion, quel que soit son âge.
Proposer des alternatives concrètes plutôt que des interdictions
À l’âge adulte, les interdictions deviennent non seulement inappropriées mais contre-productives. L’enjeu se déplace vers la proposition d’alternatives attractives qui peuvent naturellement réduire le temps d’écran tout en enrichissant la relation mère-enfant. Instaurer des moments réguliers sans technologie nécessite de l’imagination et de l’engagement mutuel. Un brunch dominical sans téléphone, une promenade mensuelle dans un lieu ressourçant, ou même un atelier cuisine partagé deviennent des opportunités précieuses de connexion authentique. L’essentiel réside dans la régularité et la qualité de ces moments, non dans leur durée.
Plutôt que de parler de « réduction du temps d’écran », le concept de bien-être numérique offre un cadre moins culpabilisant et plus constructif. Il s’agit d’encourager une réflexion personnelle sur la manière dont la technologie impacte leur énergie, leur créativité et leur santé mentale. Des applications comme Forest ou Freedom, qui aident à structurer le temps numérique, peuvent être suggérées comme des outils d’autonomisation plutôt que de contrôle. Cette approche respecte l’autonomie du jeune adulte tout en l’invitant à développer une conscience critique de ses propres habitudes.

Reconnaître les signaux d’alerte sans dramatiser
Certains comportements méritent néanmoins une attention particulière. Selon les critères de l’OMS pour les troubles liés au gaming et les études de l’Inserm, plusieurs indicateurs suggèrent un usage problématique des écrans. Des recherches montrent également que l’utilisation des smartphones est liée à une détresse mentale chez les jeunes. Parmi les signaux préoccupants figurent l’isolement social croissant, la négligence des responsabilités professionnelles ou académiques, les troubles du sommeil persistants, ou l’irritabilité marquée lors de l’impossibilité d’accéder aux écrans.
Face à ces signaux, l’approche recommandée consiste à exprimer des observations factuelles couplées à des émotions personnelles : « Je remarque que tu sors moins avec tes amis depuis quelques mois, et cela m’inquiète pour ton équilibre. Aimerais-tu qu’on en parle ? » Cette formulation combine bienveillance et franchise, deux piliers d’une communication efficace. Elle évite l’accusation tout en ouvrant un espace où le jeune adulte peut s’exprimer librement sur ses difficultés éventuelles.
Le modèle maternel comme levier d’influence subtile
Les jeunes adultes restent profondément influencés par les comportements parentaux, même lorsqu’ils affirment leur indépendance. Une maman qui modélise un usage équilibré de la technologie – en étant présente lors des conversations, en limitant ses propres consultations compulsives, en lisant des livres physiques – transmet un message puissant sans prononcer un mot. Cette cohérence entre discours et pratique constitue un fondement essentiel de la crédibilité. Les travaux de la psychologue Sherry Turkle sur la « présence absente » démontrent que les enfants, quel que soit leur âge, restent sensibles à la qualité d’attention que leurs parents leur accordent.
L’accompagnement vers l’autonomie implique nécessairement une part d’acceptation : accepter que les choix de nos jeunes adultes ne correspondent pas toujours à nos attentes, accepter qu’ils puissent commettre des erreurs et en tirer leurs propres leçons. Cette posture n’équivaut pas à l’indifférence, mais traduit une confiance fondamentale en leur capacité à trouver leur propre équilibre. Toutefois, lâcher prise ne signifie pas disparaître. Maintenir une disponibilité bienveillante, réaffirmer régulièrement son soutien inconditionnel et rester à l’écoute des demandes d’aide – même implicites – font partie intégrante du rôle maternel durant cette période charnière. La relation évolue, elle ne s’efface pas, elle se transforme en un partenariat entre adultes où la sagesse maternelle peut encore éclairer sans pour autant diriger.
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